Quand l’écriture transcenda le monde…

« Vingt-deux lettres fondamentales : (Dieu) les a gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Avec elles, Il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé. »

Sepher Yetzirah 2, 2

Quand l’écriture transcenda le monde…

Un jour, l’homme a voulu communiquer autrement que par l’oral.

Il a décidé de transmettre son savoir par écrit.

Chaque année, les archéologues font reculer la date de ce basculement ; on parle du IVe millénaire avant notre ère.

Les hommes ont alors mis des symboles sur leurs intonations, des syllabes sur leurs émotions, des lettres sur leurs phrases…

Les plus anciennes traces d’alphabets proviennent de l’actuel Proche-Orient. L’alphabet hébraïque est l’un de ceux-là.

L’alphabet hébreu est entouré d’auras, on peut y déceler le mystère de la création des écritures, toute la singularité des cultes orientaux et enfin, le fondement de notre civilisation et de sa spiritualité.

Face à la mort, l’écriture est une trace qui permet aux hommes de ne pas oublier et de transmettre. Elle permet aussi de révéler la parole de Dieu à travers la Torah, la Bible et le Coran. Et par la lecture à haute voix de ces signes, elle permet la communion avec ce Dieu.

D’ailleurs, selon la Kabbale, les lettres sont à l’origine de la création du monde.

L’alphabet hébraïque a beaucoup voyagé. Dans un monde antique qui n’avait guère de frontières, il s’est disséminé tout autour de la Méditerranée au gré des installations de communautés juives, présentes dans toutes les villes du sud de la Gaule dès le Ier siècle avant notre ère.

Il a trouvé dans le Comtat un terreau favorable pour se développer. Une civilisation particulière a même vu le jour, entre traditions hébraïque et provençale : la culture judéo-comtadine.

Discrètes mais profondes, les traces de cette culture restent lisibles dans notre urbanisme, visibles dans nos monuments et nos musées, enfin vivantes dans notre spiritualité et nos rapports à l’Autre.

LETTRE ET COUPELLE

Hexameron et lettres hébraïques

Six colonnes d’argile noires surmontées de coupelles blanches pour les six jours de la création du monde

Et six colonnes d’argile blanches surmontées des six premières lettres de l’alphabet hébraïque en argile noire.

hexameron

Selon la Kabbale, les lettres sont à l’origine de la création du monde. L’alphabet hébraïque a beaucoup voyagé. Dans un monde antique qui n’avait guère de frontières, il s’est disséminé tout autour de la Méditerranée au gré des installations de communautés juives, présentes dans toutes les villes du sud de la Gaule dès le Ier siècle avant notre ère. Il a trouvé dans le Comtat un terreau favorable pour se développer. Une civilisation particulière a même vu le jour, entre traditions hébraïque et provençale : la culture judéo-comtadine.

« Vingt-deux lettres fondamentales : Dieu les a gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Avec elles, Il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé. »

Sepher Yetzirah 2, 2

« Amoud » est un mot hébreu qui a deux significations : page et colonne !

Car « ce sont les mots qui nous tiennent debout, soutiennent le sens, le monde, le rêve… »

De page en page- une page- la première page— m’a conduit tout simplement à la génèse et à l’évocation des six jours de la création…

Cette installation a donc été construite autour d’ « Héxameron » ou        « Les 6 temps de la Création », comme un rythme musical, un chant dédié à la vie sous toutes ses formes.

Temps 1

Apparition de la lumière

Temps 2

Division des eaux du ciel et de la terre

Temps 3

Regroupement des eaux, apparition de la terre et des plantes

Temps 4

Mise en ordre de l’espace

Temps 5

Création du monde marin

Temps 6

Création des mammifères et de l’homme

Vues de loin, les six colonnes noires couronnées de coupelles ogivales sont identiques…

Mais en fait, chaque élément a sa personnalité propre qui est la représentation symbolique de chaque « jour », de même que chaque colonne est travaillée avec des rythmes gravés ou oxydés en dialogue avec la coupelle.

Avec ces colonnes, se sont imposées les lettres hébraïques ouvrant sur un univers de correspondances entre lettres et chiffres puisque chaque lettre, outre sa valeur numérique, possède un pouvoir symbolique.

Ce monde à multiples facettes m’a complètement subjuguée, j’ai été éblouie par ces jeux de l’esprit sans fin …

Seule ma candeur m’a permis de ne pas désespérer car plus j’étudiais, plus je découvrais l’ampleur de la tâche!

Aujourd’hui mon approche reste laïque et j’ai modestement contribué à mettre une pierre à l’édifice en modelant dix lettres hébraïques zoomorphes :

Tout d’abord les six premières lettres de l’alphabet pour chiffrer les six jours :

Ainsi au premier jour correspond la lettre Aleph 1, au deuxième la lettre Beth 2, au troisième la lettre Guimel 3, au quatrième la lettre Daleth 4, au cinquième la lettre Hé 5 , au sixième la lettre Vav 6 .

Et aussi les quattre lettres du mot page en hébreu : AMOUD qui s’écrit de doite à gauche :

Daleth Vav Mem Ayin

Mettant ainsi mes pas dans ceux des calligraphes médiévaux qui contournaient l’interdit de la représenttation dans les livres, je retrouve l’impertinence qui m’a tant inspirée quand j’ai réalisé les sculptures « Fatrasies » pour répondre aux poèmes du XIIIe s. subtil mélange de règles et de non-sens ….

Bernadette Wiener

AMOUD

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